Louis-Timagène Houat : Les marrons

Les marrons

Résumé : Avec Les Marrons (1844), livre oublié et premier roman connu édité à La Réunion, LT Houat s'attaquait à un sujet sensible, les horreurs de l'esclavage : il le fit avec une ferveur et une fureur qui bouleversent encore aujourd'hui. Un moment remarquable de l'histoire de l'anti-esclavagisme, sous la plume d'un fervent apologiste du métissage.

À propos de l’auteur : D'après l'historien Prosper Ève, le patronyme de Louis Timagène Houat serait la forme contractée la plus courante de Watra, ou Ouattara.

Libre de couleur, son père était un Bambara de Guinée passé à Bourbon en 1806 après être arrivé à la fin du XVIIIème siècle à l'île de France, soit l'actuelle île Maurice. [Voir le texte en entier].

Extrait : "Frême n’avait conservé qu’une idée confuse de ses parents, de sa patrie. Enlevé fort jeune encore de l’Afrique, où il naquit, il ne portait à la figure, ni sur le corps, aucune marque de tatouage, marque distinctive de caste en usage dans ce pays, et il ignorait de quelle partie, de quelle peuplade ou tribu africaine, il était. Seulement, il se rappelait, comme la réminiscence d’un rêve lointain, que son père devait être un chef de guerriers, qu’il avait toujours des plumes brillantes fichées en panache dans ses cheveux crépus, et que ce fut à la suite d’une surprise nocturne et dans un combat affreux que lui, Frême, il fut saisi par l’ennemi et séparé de sa famille.

Vendu d’abord à des Portugais, il fut conduit dans un de leurs comptoirs de la côte de Mozambique, et au bout de quelques mois, revendu à des traitants étrangers, qui l’embarquèrent sur un navire avec d’autre noirs, qu’ils avaient achetés sur cette même côte. Mais la traite n’était plus protégée, encouragée par des primes gouvernementales ; et pour l’extirper au contraire, la France, d’accord avec l’Angleterre, avait des croisières dans l’Atlantique et la mer des Indes. Or, le négrier qui portait Frême fut découvert, et chassé par une corvette française, il fut bientôt pris et amené à l’île Bourbon, où il devint ainsi que sa cargaison de victimes, la propriété de l’État."

Note : La plupart des chapitres est visible sur Gallica.

Ce que Lilu en penseCe que Lilu en pense : On n’en ressort pas indemne, après avoir lu ce roman rédigé quatre ans avant l’abolition de l’esclavage à l’Île Bourbon. Au fil des pages, j’ai rencontré Marie, fille de propriétaire, qui par la force des choses devenait elle aussi, une marronne. Car elle s’était mariée avec Frême, l’esclave de ses parents. Un mariage caché entre une blanche et un esclave Africain. Lui, était offert en cadeau, quand il était encore petit, aux enfants de cette famille, aux frères de Marie. Il était un bout d’entrain. Il amusait la galerie, comme on dit. Il était esclave, mais vivait chez des "bons maîtres". Les circonstances de la vie, ont fait qu’il a été obligé de s’éloigner de cette famille. Il lui a été interdit d’y revenir, jusqu’au jour où un incendie ravagea l’habitation de son ancien propriétaire. Amoureux de Marie, il ne put s’empêcher d’aller sauver la famille, malgré les interdits. Marie perdit ses parents ce jour-là. Ses frères étaient hors de l’île, pour étudier. Le fruit de cet amour est né dans une grotte, en haut d’une falaise bien cachée des chasseurs. L’enfant était ainsi, un métis né Maronèr.

Ce livre raconte l’histoire des combattants d’une autre époque, ceux qui avaient été capturés, pour devenir des propriétés de l’État. Je retiens ceci, qu’importe son statut social, on trouve toujours des bonnes et des mauvaises personnes. Ma mémoire retient qu’il y avait une blanche qui était devenue une marronne, pour aider son époux à sauver sa peau, leurs peaux. Je retiens aussi qu’il y avait un noir qui se disait être un frère, mais qui n’avait pas hésité à dénoncer son semblable, aussi esclave que lui. Je n’oublierai pas qu’il y avait un propriétaire qui était tellement injuste avec ses esclaves, tellement barbare, qui proposa des sentences inhumaines, dont le Procureur général trouvait trop cruel. Je retiendrai aussi que ce dernier fut traité de Négrophile (qui veut dire « amour du nègre », passion pour la culture noire). Dans son pays, là-bas en Afrique, Frême était appelé Coudjoua, qui semblerait vouloir dire "Lion" ou "Panthère".

N’hésitez pas à lire ce roman historique. Je pense qu’il vous bouleversera également. Bonne lecture et bonne méditation !

Éditeur : L'arbre vengeur / Publication : 2011 / Style : Broché / Nbre de pages : 144

Voir aussi : Comme un vol de papang' et L'aïeule de l'isle Bourbon, de Monique Agénor

Date de dernière mise à jour : dimanche, 03 mai 2020

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